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Qui
est lauteur ?
Ahlem est un écrivain qui dissimule
à travers ses romans un père fantastique qui «
hante » sa plume..
Je n'irais pas jusquà dire quil
tient « la clef » de ses romans mais il est indéniable
quil lui fit porter tout le poids de son histoire personnelle
laquelle se confond avec lhistoire de lAlgérie.
Son père Mohammed Chérif est
un homme très attaché à la poésie
et aux auteurs classiques français. Cest un être
extrêmement sensible qui adore faire partager Voltaire,
Victor Hugo, et Jean Jacques Rousseau à la première
personne qui lui prêterait une oreille attentive.
Cet homme est capable de te relater une bonne partie de lhistoire
du nationalisme Algérien et des centaines danecdotes
sur Constantine sa ville natale, constamment présente dans
presque toute discussion à laquelle il participe.
Ahlem, sa fille aînée, a grandi
dans un milieu familial dans lequel le père joue un rôle
central.
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Elle se sentait très proche du père, et à travers
lui, de loncle considéré comme son frère
aîné. Elle subissait déjà les soubresauts
de la politique après l'independance qui lui a permis de découvrir
une autre facette de la blessure algérienne ( la prise du pouvoir
par le colonel Houari Boumediene et la tentative de coup dEtat
du colonel Tahar Zbiri ).
Elle vivait la plaie Algérienne chaque jour à travers
la vie de son père militant du P.P.A ( Parti du Peuple Algérien
) qui avait connu - en son temps- la prison française à
la suite des manifestations des algériens revendiquant ouvertement
lindépendance, un certain 8 Mai 1945 à Constantine.
Ahlem nest pas étrangère à ce présent
proche de nos mémoires, ni à ce passé qui pèse
sur nous. Elle les porte en elle. Son père est présent
partout dans ses écrits, même lorsquil napparaît
pas.
Lorsque la guerre dAlgérie éclata ses cousins aînés
( Azzedine et Houba ) avaient toujours saisi la moindre occasion pour
se solidariser avec les Moudjahidines notamment en participant aux manifestations
estudiantines qui avaient éclattées à Tunis. Ils
avaient fini dès 1955 par rejoindre le maquis des Aurès.
Il reste jusquà présent dans la mémoire dAhlem
certaines traces de cette période, dautant que la maison
du père en cette phase cruciale de la révolution était
devenu un lieu où convergeaient les moudjahidines, ceux qui partaient
pour rejoindre le maquis, ou ceux qui revenaient pour se soigner.Cest
ce qui advint dailleurs à Azzedine devenu plus tard un
officier supérieur de lALN.
Le père, haut fonctionnaire, fut victime d'une dépression
dès 1967 en partie à cause de son incapacité à
gérer les conflits gènérés par la prise
du pouvoir par le colonel Houari Boumediene en 1965.
Il devra fréquenter de manière assidue le service de
psychiatrie de lHospital de larmée.
Ahlem était adolescente à cette période.
Elle était lycéenne au lycée Aïcha, laînée
dune famille de quatre enfants.A elle revenait « le plaisir
» de rendre visite à son père hospitalisé
à lhôpital de lANP de Bab El Oued au moins
trois fois par semaine.
La maladie de son père était dune certaine manière
la maladie de lAlgérie. Cest ainsi quelle la
percevait.
En plus de son travail quotidien qui le conduisait à effectuer
plusieurs missions à lintérieur du pays, conseiller
auprés de la présidence pour les questions agricoles,
il animait une émission radio en langue française, consacrée
à la sensibilisation des auditeurs aux problèmes liés
à la mise en uvre de l'autogestion des terres agricoles
abandonnées par les colons .
Ahlem était toute fière découter son père
à la radio.Quelques années plus tard elle en fit de même.
Par ailleurs toujours dans la cadre du bénévolat, le
père consacrait une partie de son temps libre à rédiger
des ouvrages destinés à lalphabétisation,
compagne lancée par le président Ben Bella.
Le soir venu, il sassurait que les enfants dormaient, puit se
remettait au travail.
Lorsque Ahlem toute jeune ( 18 ans ) présentait son émission
radio à succès « hamassat », lorsquelle
se publiait des articles dans les journaux, lorsquelle décrochait
son Baccalauréat, son père en ces moments là était
hospitalisé pour elle c'était une souffrance. Une certaine
Algérie qui faisait tout dans la douleur.
Au début des années soixante dix Ahlem se rendit à
Paris.
Mariée à journaliste Libanais sympathisant de la lutte
algérienne, elle se consacra aux études universitaires,
couronnées par la soutenance d'une thèse ayant pour titre
"Algérie femme et écritures", tout en
élevant ses trois enfants.
Au début des années quatre vingt elle renoua avec la
littérature en collaborant à plusieurs revues éditées
à Paris et à Londres.
Ahlem, même si elle fait partie de la nouvelle génération
décrivains, elle a derrière elle néanmoins
un quart de siècle dactivité dans le domaine de
la littérature et du journalisme.
Aujourdhui elle vient de créer le prix Malek Haddad un
alibi à lamour de lécriture.
Les algériens ont de formidables aptitudes croit-elle et sont
capables de magnifiques prouesses pour peu quon leur fasse confiance,
et quon les mettent sur les rails.
Nest ce pas la plus belle des ambitions que de voir d'autres
talents reprendre goût à lécriture...
PS : Que les " internautes lecteurs " ne s'imaginent
pas que par mégarde, j'ai mis tout au long de ces paragraphes,
au devant de la scène, le père, et qu' à Ahlem
j'ai presque attribué un rôle second .
Croyez-moi tout comme le père se confond avec l'histoire de
l'Algérie contemporaine, Ahlem lui emboite le pas, non seulement
pour se placer à travers lui en tant que témoin d'une
époque, mais aussi pour le perpétuer à l'infini.......
Mourad
Mosteghanemi